Peuplé, dépeuplé

Cela commence au noir, par un grondement de musique et quelques flashes lumineux qui laissent deviner la scénographie simple et spectaculaire : une sorte d’échiquier d’une couleur et dont la pointe s’abaisse côté public. Chaque case fait piédestal. Comme la fameuse chaussée des géants mais en version design. L’homme apparaît dans les éclats de lumière; gestuelle puissante, sauts d’un piédestal à l’autre. Il ne descendra pas de ces 25 plots de toute la pièce (sinon un petit instant comme pour se mettre à table). Cela tient de l’épreuve qu’un adolescent casse-cou s’imposerait pour se prouver sa force. C’est une danse d’épreuve. Sous l’éclat passe parfois la figure d’un masque, mais cela reste très fugace et tient de l’allusion surréaliste dans cette ordalie par le geste. Même quand il fait donner les pétards de fête, même quand les deux musiciens apparaissent en fond de scène puis redisparaissent, le corps est mis en jeu. Pour tester les limites, pour voir jusqu’où aller trop loin. Pour finir, le danseur s’enfuit plutôt que d’en finir avec lui. C’était attendu mais tombe juste.

A noter,
très belle scénographie de Camille Duchemin, à la fois plastique et dramaturgie, et qui rompt avec la théâtralité habituelle chez les Frères Ben Aïm. Habituelle mais pas systématique : se souvenir de Amor fati fati amor (2007) dont la scénographie de bambous suspendus faisait comme une réponse inversée aux cubes de la présente pièce.

Une référence,
Certes, c’est le fameux solo de la quarantaine (45 ans pour être juste) où le danseur-chorégraphe mesure combien le plateau devient un terroir rétif (d’où, ici la recherche du risque de tomber du piédestal -beau symbole au demeurant). Le modèle du genre reste Blue Lady (1984) de Carlson. On notera cependant que dans l’œuvre aujourd’hui consistante des « Frères », le solo relève d’une démarche particulière jusqu’ici plutôt illustré par Christian, avec You’re a bird now (2008), mais encore Louves (2009, pour le programme Princesses d’Odile Azagury à Poitier puis Chaillot). Non pas une expérimentation (ils n’ont jamais pratiqué le genre solo à leurs débuts), mais, comme ici, un point d’étape.

Équipe artistique et partenaires