BRULENT NOS CŒURS INSOUMIS

A l’entrée de la salle, nombre de spectateurs du Théâtre de l’Archipel à Perpignan manifestaient leur déception : ils apprenaient la défection du grand jazzman Ibrahim Maalouf, censé interpréter en direct (et
au côté du magnifique ensemble de cordes Quatuor Voce) la musique originale qu’il avait créée pour la nouvelle pièce de Christian et François Ben Aïm, Brûlent nos coeurs insoumis.
A en juger par les applaudissements de la fin, non seulement le trompettiste Geoffroy Tamisier aura su le remplacer, mais c’est toute une qualité d’écoute, au sens le plus fort du terme, que cette pièce chorégraphique sait appeler et construire. Certes, on peut continuer de reprocher à la paire de chorégraphes son penchant pour l’abondance du motif ; et une dramaturgie qui peine à se déployer, quand les séquences chorégraphiques s’enchaînent l’une après l’autre, tableau par tableau, scrupuleusement indexés sur la suite des thèmes musicaux.
On s’en tiendra là, côté reproches, tant cette pièce pour quatre danseurs masculins – dont ses deux chorégraphes – s’élève en amplitude, tout en creusant une atmosphère très profonde. L’espace y est scindé de manière sobre, par un jeu de rideaux, et la désignation d’un cadre restreint en coeur de scène, mais ouvert sans parois. Ainsi tout respire et se condense à la fois, ici avec des puissances de velours, là des résistances de cristal. L’écoute s’y ressent pour valeur supérieure, tant entre les danseurs, qu’avec les musiciens, même lorsque ceux-ci sont masqués à la vue.
On pourrait parler d’une danse durable, pour qualifier la rétention des tensions, le refus de la bricole décorative, et l’économie d’effets théâtraux, entre ces quatre hommes, toujours présents, très debout, hormis des tableaux conjonctifs. Des passages au noir sectionnent un bain de lumières sourdes, où les corps s’engagent volontiers par le haut, suspendent des bassins flottants puis coulés, et permettent le soupesé de chutes patientes, compactes, réceptionnées avec attention.
Peu narratives, les situations abondantes – un peu trop, on l’a dit – esquissent une grave lecture de l’humain, toute en micro-constellations consumées. Une musique limpide, non dénuée de lyrisme, accompagne cette dense méditation gestuelle.

Équipe artistique et partenaires