BRULENT NOS CŒURS INSOUMIS

Sur la musique d’Ibrahim Maalouf les deux chorégraphes racontent la sombre histoire de quatre hommes.

Sur le sol noir un trapèze dessiné à la craie délimite un lieu exigu ceinturé par quelques poteaux. A peine éclairés, le trompettiste Geoffroy Tamisier et en fond de plateau le Quatuor Voce entament la composition musicale d’Ibrahim Maalouf.
Brûlent nos cœurs insoumis débute avec de nombreux arrêts sur image où l’on aperçoit quatre hommes dans différentes positions. Ils expriment plusieurs sentiments allant d’une chaleureuse amitié fraternelle, au repas de famille… jusqu’à une bagarre et sans doute la mort de l’un d’entre eux. On comprend qu’il s’agit de souvenirs partagés, souvenirs de jeunesse plutôt joyeux, puis souvenirs de violences plus morbides qui déchirent leurs âmes.
Quels liens les unissent ? Qui sont-ils ? Quatre frères, deux frères qui rencontrent des inconnus ou simplement des étrangers qui se croisent par hasard et se lient d’amitié ? Soutenus par la splendide musique parfois douce et parfois intrigante, Christian et François Ben Aïm brouillent les cartes et laissent le doute s’établir.
Puis la danse s’installe. La danse toujours très belle et très personnelle des frères Ben Aïm. De petits pas, d’amples ports de bras qui donnent une forte impulsion au corps, des glissements et tours rapides, tout cela avec une réelle grâce et un intense raffinement. Même si il est un peu répétitif, leur style est incomparable et magnifique.
Le cadre s’estompe peu à peu et une large table autour de laquelle ils sont tous les quatre assis apparaît au loin. Cet instant semble calme alors que d’un seul coup des jets violents de poudre rouge tombent des cintres en provoquant d’énormes bruits. Du sang jaillit de nulle part les inonde avec barbarie.
Alors que jusqu’à présent la pièce signée par le dramaturge Guillaume Poix exprimait l’équivoque et le trouble comme lors d’un jeu de rôles, un virage net et précis s’engage avec des personnalités très dessinées. Brûlent nos cœurs insoumis commence réellement à cet instant, la danse exulte pour signifier l’insoumission. Insoumission à l’oppression du quotidien et au diktat de l’ordre établie accompagnée par les sons percutants de la batterie engendrés par Geoffroy Tamisier.
La frontière a totalement disparu et les hommes sont prêts à se battre, à s’exprimer haut et fort, à tuer le faible. Violence, énergie, puissance dans la musique et dans l’écriture chorégraphique dessinent la transgression, l’extravagance et la résistance.
La conjugaison entre la partition d’Ibrahim Maalouf, la dramaturgie de Guillaume Poix, la chorégraphie des frères Ben Aïm et l’excellente interprétation des danseurs et des musiciens, font de cette œuvre aux multiples thèmes pas toujours très limpides, un spectacle entier.

Équipe artistique et partenaires