[…] C’était à Avignon cet été. Ils remportaient un petit succès tout ce qu’il y a de plus réjouissant avec leur trio Ô mon frère !. La pièce est ancienne (2001) et correspond au début du parcours des deux complices. Dans la salle ronde de la Condition des Soies, ce trio intense gagnait encore en intimité. Une pérégrination tragique, une marche sans fin, quelque chose d’intense et de douloureux. La gestuelle évoque une camaraderie virile, une danse de compagnons d’arme. Elle se développe en séquences enchaînées sur une bande-son très subtile qui mêle Leonard Cohen au souffle du vent. Pas de narration, contrairement à la réputation de chorégraphes sensibles à la théâtralité. Une suite de ces flashes de l’héroïsme fatigué qui touche tant à la fin des westerns, quand les héros sont beaux d’être fatigués. Il y a un bâton qui passe de l’un à l’autre, tantôt arme, tantôt béquille et les trois jonglent et avancent et doutent pour se retrouver ensuite. La danse rugueuse, emprunte à la lutte, à la capoeira, aux arts martiaux, même si l’emprunt n’est pas toujours volontaire. Tout ce trio, dix ans après sa création, dit encore remarquablement bien la puissance du lien qui permet aux Ben Aïm de travailler ensemble. En cela, elle tient presque d’un certain art poétique. Ceux – interprètes comme programmateurs – qui ont travaillé avec eux, le confirment unanimement : pas de domaine de compétence particulier à l’un ou à l’autre frère. Ils sont appelé à chorégraphier ensemble et si leurs rôles différent parfois, c’est en fonction du projet. […]

Équipe artistique et partenaires