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Qui fait quoi de Danse – Blog de Philippe Verrièle - 8 mai 2016

Philippe Verrièle

Peuplé, dépeuplé

Cela commence au noir, par un grondement de musique et quelques flashes lumineux qui laissent deviner la scénographie simple et spectaculaire : une sorte d’échiquier d’une couleur et dont la pointe s’abaisse côté public. Chaque case fait piédestal. Comme la fameuse chaussée des géants mais en version design. L’homme apparaît dans les éclats de lumière; gestuelle puissante, sauts d’un piédestal à l’autre. Il ne descendra pas de ces 25 plots de toute la pièce (sinon un petit instant comme pour se mettre à table). Cela tient de l’épreuve qu’un adolescent casse-cou s’imposerait pour se prouver sa force. C’est une danse d’épreuve. Sous l’éclat passe parfois la figure d’un masque, mais cela reste très fugace et tient de l’allusion surréaliste dans cette ordalie par le geste. Même quand il fait donner les pétards de fête, même quand les deux musiciens apparaissent en fond de scène puis redisparaissent, le corps est mis en jeu. Pour tester les limites, pour voir jusqu’où aller trop loin. Pour finir, le danseur s’enfuit plutôt que d’en finir avec lui. C’était attendu mais tombe juste.

A noter,
très belle scénographie de Camille Duchemin, à la fois plastique et dramaturgie, et qui rompt avec la théâtralité habituelle chez les Frères Ben Aïm. Habituelle mais pas systématique : se souvenir de Amor fati fati amor (2007) dont la scénographie de bambous suspendus faisait comme une réponse inversée aux cubes de la présente pièce.

Une référence,
Certes, c’est le fameux solo de la quarantaine (45 ans pour être juste) où le danseur-chorégraphe mesure combien le plateau devient un terroir rétif (d’où, ici la recherche du risque de tomber du piédestal -beau symbole au demeurant). Le modèle du genre reste Blue Lady (1984) de Carlson. On notera cependant que dans l’œuvre aujourd’hui consistante des « Frères », le solo relève d’une démarche particulière jusqu’ici plutôt illustré par Christian, avec You’re a bird now (2008), mais encore Louves (2009, pour le programme Princesses d’Odile Azagury à Poitier puis Chaillot). Non pas une expérimentation (ils n’ont jamais pratiqué le genre solo à leurs débuts), mais, comme ici, un point d’étape.

Ballroom - Hiver 2015

Marie-Juliette Verga

La légèreté des tempêtes
[…] La grande réussite de la pièce apparaît dans le tissage lâche qui unit l’ensemble des éléments portés sur scène. Du bocal d’eau éclairé dans lequel les visages cherchent l’apnée au costume mi-vêtement de travail, mi-plumes fastueuses du chanteur instrumentiste, Icare essentiel. Des cubes mobiles qui portent les violoncellistes aux corps immobilisés par l’assise et la tenue de l’instrument vibrant malgré tout au subtil travail de lumière de Laurent Patissier. La danse se trouve prise sous les feux croisés d’une douce tempête. La bande-son est à couper le souffle, chant et violoncelle explore diverses traditions, la diphonie enivre. La danse organique, entre exposition intime et distance maintenue, s’offre sans détour. On la voudrait parfois plus rugueuse pour entendre le fracas dans le calme, la brutalité dans la poésie. A suivre.

Umoove - 30 janvier 2015

Louise Dutertre

La légèreté des tempêtes
[…] Les quatre [danseurs] présents sur le plateau, redoublent de cette légèreté de mouvement, de déplacement leur permettant d’être à la fois l’espace et dans l’espace. Parfois dépassés par leur désir, les corps lâchent prise, dégagent dans un même temps fluidité et contrariété. Les gestes et changements d’énergie surprennent autant qu’ils enivrent. On se laisse porter par ces vents contraires avec délectation.

Danser Canal Historique - Le 13 novembre 2014

Agnès Izrine

La légèreté des tempêtes

[…] Rythmée impeccablement par la musique de Jean-Baptiste Sabiani, on surprend la danse en flagrant délit de mouvements, prise dans une urgence vitale, organique, essentielle. Au gré de sauts surprenants, de courses hâtives, de torsions infinies se déploie une gestuelle inédite, habitée par les interprètes, qui nous emporte dans ses revirements et ses courbures, ses élans et ses accalmies, ses méandres assoupis.

La légèreté des tempêtes, dans ses essors et ses rémissions est une pièce jubilatoire, palpitante, qui réunit en un seul torrent musique et chorégraphie, pour nous faire voir une anatomie de la sensation.

Le Journal de Saône et Loire - Le 10 novembre 2014

Marie Solerno

La légèreté des tempêtes
Les spectateurs ont ressenti la magie impalpable, unique, fugitive parfois, ainsi qu’une immense prise de risque. En effet, une création de spectacle a toujours quelque chose de magique : celle de la première fois, qui ne se répètera jamais.

Quatre danseurs, trois musiciens violoncellistes juchés sur d’imposants cubes noirs, et un chanteur-percussionniste, ont pris possession de la grande scène, qui est devenue terrain de vie. Vie intime, vie intérieure, vie invisible mais vie qui s’exprime, se répand, se répond, se heurte, lutte, bout, hurle, mais ne fuit pas.

Opposition des êtres, opposition de l’être avec lui-même, contradiction perpétuelle et réconciliation incessante, combat à la fois inutile et nécessaire, désir d’être un autre mais impossibilité de se quitter soi-même… c’est tout cela qui surgit de La légèreté des tempêtes , aussi profonde qu’un questionnement sans réponse.

La Voix du Nord - Le 2 décembre 2013

Anne Monneau

Karma, l’histoire de la vie
Sur scène, seulement deux bancs. Ici, le décor, c’est les corps. Tout commence par une tasse de café et une musique de western. Les corps, comme habités par la musique, se délient et se meuvent. Puis, l’humour entre en scène, avec des mimiques, des mimes, poussant au sourire, au rire. S’ensuit un combat spirituel, à la fois contre soi même et contre le monde.

Karma, c’est le nouvel opus du projet Danse Windows, initié par Carloyn Carlson pour promouvoir la danse contemporaine. Créée en 2013 par Christian et François Ben Aïm, cette chorégraphie mêle danse classique, danse contemporaine et hip-hop. L’ensemble reste harmonieux et le spectateur est transporté dans un univers mystique dont il est impossible de sortir.
Les yeux rivés vers le ciel, les danseurs (Marco Chenevier, Yutaka Nakata, Alhousseyni N’Diaye) semblent invoquer la puissance divine et s’abandonner à elle. La fin du spectacle représente-t-elle la fin de la vie ou le début d’un nouveau cycle ? La pièce s’achève avec la danse de la « femme cristal », représentation de la fragilité de l’homme, mais aussi de sa force intérieure, de sa détermination. Un moment magistral où l’on souhaite que le danseur se relève infiniment, pour nous émouvoir encore une fois.

Dfdanse, le magazine de la danse actuelle à Montréal - Le 27 novembre 2013

Justine Parisien-Dumay

Valse en trois temps – Tangente présente un programme double regroupant le travail de Sarah Dell’ Ava ainsi que celui des frères Ben Aïm, qui scrutent tous deux, mais bien évidemment à leur façon, la source du mouvement et l’impulsion qui engendre la suite. […]

En seconde partie, il nous est donné la chance de voir l’impressionnant travail orchestré par Christian et François Ben Aïm. Valse en trois temps, ne dure pour cette soirée que quinze minutes, mais on en engloutit chaque note dansée à travers un solo interprété par la splendide Aurélie Berland. Un solo qui commence avec toute la vulnérabilité du monde ; seule lumière suivant le visage d’Aurélie. Elle regarde le public sans broncher, mais cette masse imaginaire dans sa bouche entrave la discussion. De sa traversée longue et large de la scène, les lumières se diffusent à l’espace global et c’est à ce moment que les frissons débutent. Mozart, Offenbach, Liszt, Schubert se succèdent, mais doivent défendre leur stature musicale auprès du mouvement qui palpite à l’interne de l’interprète, qui explose à l’externe. Ce qui s’exprime au travers des crispations, des tensions, des relâchements, des envolées n’est en fait que le doux et clair reflet de la musique. La danseuse ne prétend pas jouer toutes les subtilités de la mélodie classique, mais elle ne fait certainement pas fausse route quant à frapper au bon moment à l’aide d’élans de corps imprévisibles. Au paroxysme des notes, on voit le corps de l’interprète s’épanouir sans nous livrer tous ses secrets. Car oui, elle se garde une réserve ; elle a effectivement trouvé la source du mouvement intérieur. Toutefois, il s’agit d’une bien trop belle trouvaille pour nous la livrer de manière explicite. Elle nous la transmet, on a des frissons, on a l’oeil pétillant et l’envie de faire comme elle, c’est bien assez, vous ne trouvez pas !

France culture - Mars 2012

L’Ogresse des archives et son chien – La chorégraphie est inspirée de l’univers des contes de fées, de ses symboles et de ses personnages. Dans ce conte contemporain, grands méchants loups, princesses, petits chaperons rouges et ogres se croisent et se métamorphosent pour questionner le monde qui nous entoure. À partir de ce matériau inépuisable, Christian et François Ben Aïm ont créé une pièce unique et palpitante : « Notre désir est d’amener le spectateur tout au long de la pièce, à osciller entre rêve et réalité ». Sur scène, neuf interprètes, issus de différentes disciplines, mêlent la danse aux arts du cirque, en présence de deux musiciens qui interprètent en live une composition originale. La féérie laisse place à un univers à la beauté étrange, aux échappées poétiques, bercé par la douceur électrique de la musique… un spectacle pour réveiller les princesses endormies !

Danser - Janvier/février 2012

Philippe Verrièle

[…] C’était à Avignon cet été. Ils remportaient un petit succès tout ce qu’il y a de plus réjouissant avec leur trio Ô mon frère !. La pièce est ancienne (2001) et correspond au début du parcours des deux complices. Dans la salle ronde de la Condition des Soies, ce trio intense gagnait encore en intimité. Une pérégrination tragique, une marche sans fin, quelque chose d’intense et de douloureux. La gestuelle évoque une camaraderie virile, une danse de compagnons d’arme. Elle se développe en séquences enchaînées sur une bande-son très subtile qui mêle Leonard Cohen au souffle du vent. Pas de narration, contrairement à la réputation de chorégraphes sensibles à la théâtralité. Une suite de ces flashes de l’héroïsme fatigué qui touche tant à la fin des westerns, quand les héros sont beaux d’être fatigués. Il y a un bâton qui passe de l’un à l’autre, tantôt arme, tantôt béquille et les trois jonglent et avancent et doutent pour se retrouver ensuite. La danse rugueuse, emprunte à la lutte, à la capoeira, aux arts martiaux, même si l’emprunt n’est pas toujours volontaire. Tout ce trio, dix ans après sa création, dit encore remarquablement bien la puissance du lien qui permet aux Ben Aïm de travailler ensemble. En cela, elle tient presque d’un certain art poétique. Ceux – interprètes comme programmateurs – qui ont travaillé avec eux, le confirment unanimement : pas de domaine de compétence particulier à l’un ou à l’autre frère. Ils sont appelé à chorégraphier ensemble et si leurs rôles différent parfois, c’est en fonction du projet. […]

La Terrasse - Novembre 2011

Nathalie Yokel

L’ogresse des archives et son chien – Au delà du réel, une fable contemporaine.
[…] Une bonne dose de fantastique pour mieux parler de nos peurs, de nos fantasmes, de la violence d’un monde dans lequel nous construisons nos propres personnages. Ainsi croisera-t-on peut être au détour du spectacle les figures imaginaires qui ont peuplé notre enfance. Mais les chorégraphes franchissent la frontière entre la fable et le réel en opérant de constants décalages et dérèglement de ce que nous connaissons déjà. Détournements, transformations, réactualisations… des copier-coller qui en deviennent pour le moins absurdes, loufoques, mais entrent en résonance avec la réalité sinon une certaine actualité. Au final, on navigue à vue entre le réel et le fantastique, emporté dans un nouvel imaginaire conjugué à l’insolite. Une dizaine d’interprètes, danseurs, circassiens, musiciens, s’amuse dans ce grand méli-mélo. Tous viennent conforter l’idée d’un danse mouvementée, poétique et souvent physique, que porte la compagnie depuis ses débuts.

Le Monde - Le 23 juillet 2011

Rosita Boisseau

[…] « On a toujours tout fait ensemble, raconte Christian Ben Aïm, 35 ans. Au collège, au lycée, on a découvert le mime, le théâtre et la danse. Moi, je suivais le grand frère – François a cinq ans de plus que moi. Parfois nous ne savons plus si nous sommes frères encore, ou chorégraphes d’abord, mais nous respectons notre lien familial. »
Anomalie dans le contexte de la danse contemporaine, les frères Ben Aïm ont aussi tout d’une incongruité. Ils aiment, ils adorent la danse qui danse, celle qui cherche l’ivresse dans des enchaînements de pas inédits et justes. Et ça, ils y réussissent à merveille, inventant une écriture fluide et légère, très swing dans les hanches, qui tourbillonne sur le plateau comme on fait monter une crème chantilly. Ils possèdent aussi l’humeur joyeuse, jouisseuse même, celle qui donne au mouvement une urgence vitale. Sur des musiques jazz, un remix de grandes partitions de ballets classiques et le blues pop du groupe Tiger Lillies, les frangins jouent les hommes libres qui n’ont rien à vendre ni à démontrer. « On se moque de ne pas être dans l’air du temps, glisse l’aîné. Après une période plus sombre, on a envie aujourd’hui d’aborder les mêmes thèmes – l’identité, la relation à l’autre – mais dans le bonheur de la rencontre. Et tant pis pour la mode. »

Danser - Novembre 2008

Mathieu Braunstein

Louves – Il déboule d’une lointaine coulisse, recroquevillé sur un vélo d’enfant, corps enveloppé dans une cape rouge, traînant une fourrure en guise de dépouille. De la « princesse » thème générique de la rencontre, Christian Ben Aïm donne une vision singulière : celle d’un petit Chaperon rouge de trois-quatre ans, piquant une grosse colère, razziant les attributs de maman (une paire d’escarpin pour foutre le camp) et ceux du bucheron (un coup de hache et puis s’en va). Avec ses emprunts au cirque et au théâtre, le jeune chorégraphe fait souffler un vent contraire dans le sous-sol béton du nouveau Théâtre auditorium de Poitier (TAP). Il affole les compteurs d’une manifestation pour le reste plutôt sagement bordée. […]

Danser - Mars 2008

Philippe Verrièle

Formellement, Amor fati fati amor que viennent de créer Christian et François Ben Aïm est une pièce impeccable. S’ouvrant sur un lent solo, scandée par les entrée, cette pièce pour six danseurs sous une forêt de bambous au-dessus d’un plateau argenté, offre une écriture gestuelle très précise et parfaitement servie par les interprétes. En renonçant à la théâtralité qui marquait les œuvres précédentes, les chorégraphes sont allés chercher, avec tout le sérieux qu’on leur connaît, l’émotion dans le mouvement lui-même. Ils parlent d’une « expressions brute de l’acte dansé qui permet une focalisation plus grande sur l’engagement physique » et cela ressemble aux recherches d’il y quelques années avec un petit goût de Gallota pas désagréable. Plastiquement, le résultat est très aboutit. […]

Sud-Ouest - le 24 mars 2007

En plein cœur – Adapté par les frères Ben Aïm, un jeune duo qui depuis dix ans accomplit un travail de recherche alliant théâtre et danse, l’histoire de ce terrible meurtrier vient ici nourrir leur création dans une chorégraphie forte en puissance et en émotions. Un travail autour du théâtre mais qui, rappelle Marie-Laure Lesguourgues, directrice des Carmes « est un spectacle de danse avant tout. Certes des phrases sont dites au micro par les danseurs mais l’on voit clairement qu’ils ne sont pas comédiens ».

Le public est happé. Vient ensuite tout le contenu. Avec une scénographie faite de panneaux de verres mobiles illustrant le basculement entre la réalité et indicible, le public ne sera jamais tranquille, ni dans ses émotions, ni dans ses refus, ni dans ses partis pris. Il sera happé par la forme d’une danse puissante exprimée par trois femmes et six hommes qui se partagent alternativement tous les personnages.

Ainsi Roberto Zucco n’aura pas toujours le même visage, creusant ainsi dans les esprits la complexité du personnage en le maintenant illisible par les esprits cartésiens. Duos, trios, quatuors servent une danse puissante, violente et parfois tendre.

Avec En plein cœur l’émotion du texte passe par le mouvement, par le mélange des corps, de la musique et de la danse. Car on le répète, il s’agit bien de danse, inspirée par le théâtre et un meurtrier. Une chose est certaine, le public est volontairement sollicité par Christian et François Ben Aïm, deux chorégraphes étoiles montantes de la danse contemporaine.

Le Monde - le 22 janvier 2007

Rosita Boisseau

En plein cœur – […] Au café de la danse, le spectacle En plein coeur, signé par les frères Ben Aïm, duo chorégraphique débordant d’idées, devrait trouver un cadre qui convient le mieux à son adrénaline. Inspiré par Roberto Zucco, de Bernard Marie Koltès, cette pièce fait décoller le drame par le biais d’une gestuelle gonflée de violence et de souffrances sublimées. Les neuf danseurs et acteurs font claquer les corps et les mots. La bataille n’en finit jamais sur le plateau. […]

La République du Centre - Décembre 2004

Marie-Noëlle Froger

Carcasses, un œil pour deux – Impossible de rester indifférent devant le spectacle joué, jeudi soir, au Centre Chorégraphique National d’Orléans dans le cadre du festival Traverses, par Christian et François Ben Aïm, sur une libre inspiration de la pièce Dans la solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès. Les deux acteurs s’animent, s’immobilisent, rampent, marchent, s’ignorent, se toisent, courent, où vont-ils, que veulent-ils ? Autant d’interrogations qui trouvent une réponse progressivement grâce au talent de libre expression de ces acteurs/danseurs. A l’aide d’une rencontre fortuite, de deux regards qui se croisent dans un moment de vie, le corps se manifeste et tente par le geste de transcrire le dialogue. Impressionnante interprétation d’une véritable dualité masculine mouvante, où rien n’est figé ; mais en perpétuelle métamorphose, où s’entrechoque tension et relâchement, rapprochement et isolement, raideur et souplesse, quotidien et absurde. […]

Transcrire, incarner par le mouvement et le geste la succession implacable des mots, incidence des actes et évènements, c’est ce formidable tour de force qu’ont offert les interprètes devant un nombreux public conquis.